Pas de trève pour les vétérinaires

REPORTAGE Durant les fêtes, les médecins des animaux sont aussi de permanence.

Article paru le 29 décembre 2014 dans La Côte. Textes et photos: Fabienne Morand. PDF

«Ici, je dois juste déposer des médicaments», informe le vétérinaire Jacques Perrin au moment où il s’engage dans un petit chemin de Mauraz qui mène à une ferme. Un peu plus tôt dans la matinée de ce 26 décembre, il expliquait: «Maintenant, le travail d’infirmière, si nous pouvons le dire ainsi, c’est l’agriculteur qui s’en occupe, donc nous sommes de moins en moins appelés pour de la bobologie.» Mais, tout juste descendu de son véhicule équipé pour parer à toutes situations en milieu campagnard, le vétérinaire – qui co-gère avec Jean-Marie Surer le cabinet du Châtelard à Bière – est interpellé par l’agriculteur. Celui-ci a remarqué qu’une de ses génisses était en chaleur et souhaite savoir si Jacques Perrin a le temps de l’inséminer. Le timing est parfait. «Je donne la mort, je donne la vie», philosophe celui qui, vers 10h du matin, a dû euthanasier un cheval.

«Personne ne se bouscule au cabinet pour ce genre d’intervention, mais cela fait partie du métier», glisse Jacques Perrin. Arrivé à Romanel-sur-Morges, il explique aux propriétaires de l’équidé, ainsi qu’à la cavalière, comment va réagir leur animal qui souffre. Le choix est fait de le sortir dans le parc où le soleil de ce lendemain de Noël réchauffe l’atmosphère. Après une première piqûre, le cheval effectue quelque pas, puis se couche, sans panique. «Le coeur ne bat plus», annonce le Birolan d’une voix calme et respectueuse peu après avoir administré le cocktail mortel. «Ça s’est bien passé. Nous sommes avec des agriculteurs avec qui nous avons pu discuter ces derniers jours avant de prendre la décision de l’euthanasier, ajoute-t-il en reprenant le volant. Mais parfois, c’est le drame. Par exemple quand nous avons à faire à une jeune fille de 15 ans, son cheval qui s’est cassé une jambe et des parents qui n’y connaissent pas grand-chose.»

En repartant de Mauraz, sixième et dernière étape de sa tournée matinale, Jacques Perrin revient sur le moment vécu deux heures plus tôt. «Quelque part, quand nous pouvons soulager un animal, c’est presque un sentiment positif, bien que, oui, nous donnons la mort. Mais imaginez cette jument qui a mal aux pieds. C’est comme si vous chaussez du 39 et que du jour au lendemain on vous met du 34.» Le cheval souffrait de fourbures survenues très rapidement après avoir été diagnostiqué avec le syndrome de Cushing, soit un dérèglement des glandes surrénales.

Une naissance de taille
Heureusement, soigner et sauver des vies sont des actes plus fréquents que celui de devoir endormir un animal. C’était notamment le cas pour le premier arrêt de la tournée post-Noël. A 9h15, Jacques Perrin arrive chez Serge Baudet à Gollion. Celui-ci a découvert le matin qu’un de ses veaux était en petite forme. Le verdict est rapide: déshydratation. «Ce n’est pas évident de trouver la veine sur un veau déshydraté», informe Jacques Perrin. Avant de continuer: «Dans un cas extrême, un veau avec de la diarrhée peut perdre jusqu’à 10-12 litres en 24 heures.» Pendant que les solutions coulent dans la veine de l’animal, lequel se laisse faire, Jacques Perrin prend des nouvelles des enfants présents.

«Aujourd’hui, c’est une petite tournée et cela me laisse le temps de discuter, d’aller regarder une autre bête que le client veut me montrer», sourit-il. C’est ainsi que Jacques Perrin a pu admirer, non sans surprise, un autre veau que Serge Baudet voulait lui montrer. Un animal pensant plus de 70 kilos à la naissance, ce qui est énorme. Mais pour qui tout s’est bien passé. Il était debout, touchant presque le plafond de son igloo, nous regardant avec ses oreilles «de lapin» indiquant 10h10.

Des chiens capricieux
Durant cette journée du 26 décembres, Jacques Perrin a dû intervenir plusieurs fois pour des veaux malades. «Celui-ci ne va pas bien, il ne veut plus téter», lâche Guy de Charrière en caressant l’animal qui s’appuie contre lui. Cet agriculteur de Sévery est tout inquiet pour «son» bébé. «Il y a une flambée de diarrhée chez les veaux», constate le vétérinaire birolan.

Entre deux visites matinales, Jacques Perrin écoute les messages vocaux qui arrivent sur le téléphone de garde. Comme il n’est pas le seul du cabinet à travailler en ce lendemain de Noël, il dispatche les cas entre lui et ses deux collègues en fonction ce jour-là. Vers 10h30, un appel l’interpelle. Un dogue allemand, en général très énergique, refuse de manger, ne bouge plus et préfère rester debout. Jacques Perrin n’hésite pas, il appelle son assistante pour qu’elle se rende sur place. «Un dogue peut facilement faire des torsions d’estomac, craint-il. Il ne faut pas laisser traîner». Une injection spasmolytique a suffi à régler le cas, pas de soucis d’estomac.

Si cette année, le jour de Noël a été tranquille pour ce cabinet, Jacques Perrin se souvient d’éditions ou des canidés ont réservé quelques surprises. «Un labrador avait avalé une guirlande lumineuse. Un autre chien avait mangé le chocolat de la belle-maman, rigole Jacques Perrin. J’ai dû le faire vomir, car plus le chocolat est noir, plus il est toxique. Ce sont les pathologies de Noël, mais en général, les fêtes ne sont pas une période plus particulière qu’une autre. Il y a parfois un peu plus à faire, car il y a moins de vétérinaires sur le terrain.»


CABINET DE BIÈRE EN BREF
Le cabinet vétérinaire du Châtelard, à Bière, est une association de deux docteurs: Jean-Marie Surer et Jacques Perrin. Ils sont secondés par un employé spécialisé en petits animaux et trois vétérinaires pour le rural, dont une qui, l’été, les quitte pour son deuxième métier, celui d’agricultrice. Ce cabinet, qui fonctionne 24h/24 et 7/7, couvre le triangle Bassins– L’Isle–Saint-Prex et compte plus de 150 clients ruraux et quelque 1000 propriétaires de petits animaux