« Les Fêtes, c’est sensible, ici »

AU BOULOT DURANT LES FÊTES Mettre un établissement pénitentiaire sur pause lors des Fêtes, impensable. Les agents de détention travaillent donc non-stop. Reportage à la prison de la Tuilière à Lonay.

Article paru le 30 décembre 2019 dans La Côte. Série de 6 reportages co-réalisée avec Anne Devaux. Textes: Fabienne Morand. Photos: Sigfredo Haro. PDF

Il est 10h30. Olivier Jeanneret, agent de détention à la prison de la Tuilière à Lonay, a débuté son service à 6h40 et a déjà parcouru 6892 pas. Il a monté des marches, puis en a descendu d’autres pour en remonter en passant d’un secteur à un autre, et ce en ouvrant et fermant de nombreuses portes. Ce jour-là, le soleil brille à l’extérieur et quasi aucun bruit n’émane de ce lieu qui accueille 65 femmes en détention avant jugement et en exécution de peine, ainsi que 35 hommes en exécution anticipée de peine ou en attente de transfert, secteur psy compris. Les puits de lumière et fenêtres rendent les lieux clairs et l’austérité des couloirs vides est atténuée par quelques étoiles de Noël. «Ce sont les prisonnières qui ont décoré», précise Olivier Jeanneret en apercevant notre regard s’arrêter sur une branche où pendent des guirlandes artisanales rappelant que nous sommes en période de fêtes de fin d’année.

Besoin de parler
Car les peines ne sont évidemment pas suspendues durant les jours fériés et les agents de détention travaillent comme le reste de l’année. «La fin d’année est plus sensible, car certains ne voient pas leur famille et ils ont besoin de davantage parler», raconte cet ancien typographe. Lors des horaires de nuit, il lui arrive d’échanger, parfois longtemps, avec un(e) détenu(e).» Le but est d’éviter que les gens se déshumanisent, qu’ils gardent un espoir et un projet de vie afin de réussir leur réinsertion», nous explique-t-on après être passé par la cuisine où des frites maison sont en préparation. A tout moment du service, les deux agents de détention peuvent être appelés pour procéder à l’enregistrement d’un nouveau prisonnier. Dans ce cas, la personne est amenée en véhicule à l’intérieur des murs, juste après avoir passé le premier contrôle de la centrale. Après vérifications, encore quelques marches à descendre pour rejoindre un long couloir sans fenêtre. Nous sommes au premier étage, ou peut-être au rez, difficile de se repérer après avoir parcouru le chemin d’un nouvel arrivant. Au bout, les hommes sont conduits à gauche et les femmes à droite. «Là, à 11h30 par exemple, la personne sera placée en cellule d’attente où on lui apportera à manger», continue Olivier Jeanneret qui, en parallèle, préparera le chariot avec la literie. Ensuite vient l’étape du contrôle et de la fouille de la personne et de ses affaires. «Elle va prendre une douche, souvent appréciée après avoir déjà été interrogée et avoir attendu quelques heures. La personne se détend». Puis, départ pour la cellule. «Si c’est la première incarcération, on ne la mettra jamais seule». La présence d’autres détenu(e)s permet de rassurer.

Décembre chargé
La suite de la journée d’un agent de détention variera selon les déplacements prévus – visite médicale, tribunal, visites de la famille –, les arrivées et les programmes de la journée. «En décembre il y a davantage d’activités, tel un loto, un concert ou un atelier biscuits», liste Olivier Jeanneret. Sinon, en semaine c’est le programme habituel avec atelier bois et multiservices du côté des hommes, cuisine, buanderie et nettoyages du côté des femmes. Les agents de détention s’occupent aussi de distribuer le courrier et les paquets – après contrôle. «Il nous est arrivé de trouver des boules de shit dans des paquets de céréales», raconte celui qui a commencé ce métier a plus de 50 ans. Pour devenir agent de détention, il faut un casier vierge, pas de poursuite et avoir déjà une formation. L’engagement se fait de 24 ans à, en général, 50 ans. «Je ne regrette pas du tout d’avoir changé de métier. Le travail est varié, intéressant. On est au contact d’humains avec qui parfois on discute pour leur remonter le moral», livre Olivier Jeanneret.


DES SORTIES PONCTUELLES, AVANT LA DÉFINITIVE
Chaque année, un stand aux nocturnes de Morges est monté par les employés de la Tuilière. Cabanes pour oiseaux, attrape-rêves, support à vacherin, maison pour insectes… et bien d’autres articles confectionnés par les prisonniers y sont vendus par des détenues de confiance et en fin de peine. Elles sont encadrées par des agent(e)s de détention habillé(e)s en civil et des collaboratrices et collaborateurs de l’établissement. Ici, Olivier Jeanneret (au centre) est entouré de ses collègues.

DE BONNES ODEURS QUI OUVRENT L’APPÉTIT
Ce sont des détenues qui, sous la supervision d’agents de détention professionnels de la cuisine, préparent les repas de midi et du soir pour tous les prisonniers et le personnel. Pour les Fêtes, le menu est parfois un peu plus chic que d’habitude, «mais on y mange toujours très bien», relève Olivier Jeanneret.

PAS DE TÉLÉPHONE EN CELLULE
Tout le matériel qu’une personne incarcérée apporte est fouillé. Que ce soient ses achats, les cadeaux de proches ou sa valise. C’est le cas lorsqu’un détenu arrive à La Tuilière. Ses affaires sont inspectées avant de lui être rendues avec ses draps pour sa chambre.

DES MILLIERS DE PAS À CHAQUE RONDE
Le léger cliquetis des clés ne s’entend plus au bout de quelques dizaines d’ouvertures de portes. L’agent de détention n’a jamais compté combien de serrures il ouvre et ferme à chacun de ses services. Par contre, il parcourt quelque 10 000 pas par ronde.