Les contrôleuses laitières à l’écoute des agriculteurs

Elles travaillent, s’occupent de leur progéniture, et, à l’heure de la traite, sont dans l’une ou l’autre des écuries de leur secteur. Rencontre avec six contrôleuses laitières.

Article paru le 15 juin 2018 dans Agri Hebdo. Textes et photo: Fabienne Morand. PDF

« Tu te fiches de moi? J’ai peur des vaches!» C’est ce que Bernadette Blanc, de Corbières (FR), a répondu à son beau-frère quand il lui a proposé d’être contrôleuse laitière. Mais il a su être convaincant. Depuis un an, elle se rend chaque mois dans une vingtaine d’étables. Bernadette Blanc, 35 ans, est devenue une passionnée et s’émerveille de chaque découverte: «L’autre jour j’ai vécu mon premier vêlage. Je ne savais pas qu’une vache buvait autant d’eau après!» Et d’avouer: «Quand une bête se détache, je passe vite de l’autre côté de la barrière». Malgré cette légère peur qui subsiste, «je ne changerai de travail pour rien au monde. J’ai appris à connaître les vaches. Je n’ai jamais pensé que le monde paysan était si intéressant… et complexe. La paysannerie, c’est un monde à part, mais magnifique».

Les échanges privilégiés qu’elle a pu développer avec les agriculteurs, elle n’est pas la seule à les adorer. C’est le cas de toutes les contrôleuses laitières rencontrées. A ses débuts, dans les années 1980, Chantal Deillon de La Joux (FR) se souvient que lorsqu’elle allait sur les alpages, elle dormait sur place. Il y avait toujours une chambre de prête pour le contrôleur. Aujourd’hui, celle qui travaille la journée dans l’alimentation, reste dans son secteur et c’est le contrôleur de la région de l’alpage qui se rend chez «ses» paysans.

De mère en fille et belle-fille
A la Brévine (NE), Monique Philipona, 63 ans, n’a jamais cessé cette activité qu’elle a commencée en 1986. «Nous venions d’arriver du canton de Fribourg, cela a été un moyen de connaître les gens de la région». Au fil des ans, elle a vu le métier de contrôleur laitier évoluer. «Avant, nous devions dessiner sur la feuille les deux côtés des vaches à chaque fois. On n’aimait pas quand elles avaient beaucoup de tâches», sourit-elle. Au fil des ans, Monique Philipona a pu constater que les bêtes produisent plus de lait, les exploitations sont devenues grandes et modernes, mais aussi la disparition petit à petit du pot trayeur, lourd à lever pour le pesage, qui laisse place à des traites directes. Les premiers hivers, sans véhicule 4×4, elle devait compter sur le paysan pour venir, en tracteur, lui ouvrir le chemin enneigé. «Il m’est arrivé de monter à pied.»

Aujourd’hui, Monique Philipona se rend mensuellement dans 22 écuries. Et depuis 2008 sa fille, Stéphanie, 39 ans, qui réalise des écrins de montre, contrôle le lait dans le Val-de-Travers (NE). Quant à la conjointe de son frère, Emilie Phyton, 23 ans et toute jeune maman, elle a débuté en 2017 et s’occupe du fond de la vallée de la Brévine.

Des confidentes muettes
Dans une autre vallée, celle de Joux (VD), c’est aussi une femme qui contrôle le lait depuis 2007. Doris Piguet du Brassus (VD), femme et mère de paysan, adore cette activité. «C’est mon truc. J’aime le contact avec les animaux et avec les agriculteurs, sourit-elle. Beaucoup nous parlent aussi de leurs problèmes que je ne raconte jamais plus loin.» Un rôle de confidente que toutes admettent endosser. «Ils nous racontent leurs bonheurs et leurs misères», souligne Bernadette Blanc. «Je pense qu’en étant une femme, nous avons une écoute différente. Le monde agricole est compliqué et il est vrai que nous sommes parfois des confidentes», relève Chantal Deillon.

Parfois, ont-elles dû réveiller le paysan? «Même plusieurs», répond Emilie Phyton, titulaire d’un CFC d’agricultrice. «Je commence à sortir les fumiers, après avoir cherché où allumer les lumières, et l’agriculteur arrive.» Et Chantal Deillon de souligner en riant: «C’est aussi arrivé que la contrôleuse ait un peu de retard». Stéphanie Philipona a même dû traire. «Le paysan avait peu de vaches et était malade.» Mais la pire situation, c’est quand, d’un mauvais geste ou le chat qui passe par là, la boîte tombe et les échantillons s’ouvrent. Là, pas le choix, il faut revenir pour une prochaine traite.

DES CONTRÔLES DE QUANTITÉ ET DE QUALITÉ
La fédération Holstein Switzerland compte 106 femmes contrôleuses laitières, en Suisse romande. La même région linguistique est parcourue par 188 hommes. Du côté de Swissherdbook, 135 femmes contrôlent le lait, en Suisse romande. Les hommes sont 185. Précisons qu’une même personne peut-être employée par les deux entités.
Des indicateurs multiples
Munies de documents, de débitmètres ou compteurs à lait, de balances pour ceux qui traient au pot, et de petits tubes, les contrôleuses laitières doivent relever diverses informations. Pour chaque vache, elles vont noter le nombre de kilos de lait que l’animal a produit durant la traite du matin ou du soir. Ensuite, les contrôleuses versent un échantillon du liquide blanc dans un petit tube qu’elles sont chargées d’envoyer au laboratoire.
A Zollikofen (BE) sera analysé: le taux de matière grasse, le lactose, le taux de protéines, l’urée (qui indique si la vache manque de fibres) et les cellules (qui montre la santé de la mamelle). Le paysan a aussi la possibilité de savoir, grâce à l’analyse du lait, si la ruminante est portante ou non.
Ce contrôle effectué 11 fois par an, sur une ou les deux traites du jour, n’est pas obligatoire, mais un choix de l’éleveur. Cette analyse volontaire ne remplace en rien celle effectuée par l’acheteur, à chaque livraison de lait.