Elles confectionnent des cosmétiques «maison»

NATURE Les produits artisanaux de la région sortent de leur petit pot grâce à des entreprises qui se développent

Article paru le 30 octobre 2018 dans La Côte. Textes: Fabienne Morand. Photo: Cédric Sandoz. PDF

Elles ont débuté «pour elles», puis les copines leur ont demandé un déo sans aluminium, une crème sans ajouts aux noms imprononçables, ou du savon naturel. L’objectif commun: éviter de mettre sur son corps des produits chimiques et générer une prise de conscience chez les gens.

Quelques cours pour connaître les bases, mais aussi la législation (lire encadré), existent en Suisse romande et sont souvent donnés par des personnes plus expérimentées. L’avantage de ces dames, c’est qu’elles peuvent répondre aux demandes «au cas par cas», car elles s’occupent de tout à une échelle personnelle, voire familiale.

Vivre de ses créations
Pour la Française Isabelle Kunz, oenologue de formation, c’est lors d’un long séjour professionnel sur l’île de la Réunion que sa sensibilité écologique s’est développée. «Dans les cosmétiques bio, il y avait des ingrédients qui ne me plaisaient pas et encore moins l’emballage utilisé.» Arrivée en Suisse, elle a lancé sa petite entreprise et s’établit aux Ateliers de La Côte, à Etoy. C’est ainsi que My Swiss Soap est né avec un savon rouge à croix blanche qui se retrouve aujourd’hui dans certains hôtels et bientôt à l’aéroport de Genève. «Les flacons sont en verre, le savon en vrac, les boîtes en bois, il n’y a pas d’emballage inutile», souligne Isabelle Kunz dont les produits phares sont le déodorant, le lait démaquillant et le savon calendula peau sensible.

Un produit maison, combien ça coûte?
Concernant le coût d’une réalisation maison, comptez une petite dizaine de francs pour un déodorant. «Le stick vide s’achète entre 2 et 5 francs et la matière première revient à 3 ou 4 francs pour un déodorant», répond Magali Chiovenda. Un gommage reviendra plus ou moins au même prix, selon Morgane Correvon: «Il est possible d’utiliser ce que nous avons dans nos armoires, tels le marc de café, du sucre blanc et de l’huile. Toutefois, il ne se conservera pas très longtemps.» Son gommage de 200 ml au sucre brun, huile de coco, beurre de Karité, beurre de cacao, parfum naturel de pain d’épices et Vitamine E, elle le vend à 29,50 francs. Les prix des cosmétiques naturels varient logiquement selon le contenant et les ingrédients. Par exemple, My Swiss Soap et Mini Labio vendent 10 francs leur déodorant stick, alors que le crème chez BionessenS coûte 9,50 (30 ml).

Installée à Gollion, Sandrine Marro s’est intéressée aux produits maison lorsqu’elle a développé des allergies aux gels de douche. «J’ai dû en créer pour moi car je ne faisais pas confiance à ce qu’il y avait dans le commerce. J’ai commencé par des savons. Toutefois, la production «maison» n’est pas sans danger. Par exemple, pour les huiles essentielles, il est important de suivre des cours. Certaines, à petite dose, peuvent tuer. Ce n’est pas parce que c’est naturel qu’on doit faire n’importe quoi, il faut savoir doser», appuie la fondatrice et directrice de BionessenS.

Un à-côté intéressant
Contrairement à Isabelle Kunz et Sandrine Marro, d’autres n’ont pas pour objectif d’y consacrer 100% de leur temps, mais d’assurer un à-côté régulier. C’est le cas de Morgane Correvon, de Gimel, photographe, thérapeute et vendeuse de thés. Elle s’est lancée dans la création de cosmétiques en 2017: «C’est une formation en aromathérapie qui m’a appris à faire des bases, puis j’ai suivi des cours de quelques jours.» La créatrice de Cosmô Cosmétiques y consacre environ deux jours par semaine. «Le plus difficile est de trouver le bon mélange pour que le produit tienne sans agents conservateurs.» Aujourd’hui, ses gommages et masques pour cheveux remportent un vif succès. Elle constate aussi qu’il y a une forte demande pour les déodorants naturels et le dentifrice. Morgane Correvon s’est également lancée dans les soirées à domicile où elle présente les produits, après une première partie consacrée à la lecture d’étiquettes du commerce.

L’AVIS DE… PHILIPP SPRING, PRÉSIDENT DU GROUPEMENT DES DERMATOLOGUES VAUDOIS
«Pas de danger si c’est fabriqué avec sérieux»
«Il n’y a pour ma part pas de danger, a priori, d’utiliser des produits de fabrication artisanale. Même si les produits contiennent des parfums, conservateurs, excipients ou encore des huiles essentielles «potentiellement allergènes», il n’y a pas de raison de mettre en garde des personnes en bonne santé. Bien entendu, ces produits doivent être fabriqués avec sérieux et avec la sécurité requise sur le plan toxicologique.»

Quant à Mini Labio-cosmétiques maison, à Romanel-sur-Morges, deux amies se cachent derrière: Magali Chiovenda et Romina Simone. Tout a débuté lorsque la première a participé à un atelier lors du salon Mednat, en 2016. Elle est rentrée à la maison les bras chargés d’ingrédients et a commencé à confectionner ses produits. Aujourd’hui, les deux copines y consacrent presque tous leurs samedis pour répondre à la demande de leurs amis. «Nous n’avons pas pour but d’en faire une entreprise, mais de préserver notre santé et celle de notre entourage, souligne Magali Chiovenda. J’encourage aussi à télécharger des applications qui décryptent la composition des produits cosmétiques, telles Clean Beauty et Inci Beauty.»

Essayer de se fournir localement
Enfin, concernant les ingrédients, toutes essaient de trouver des filières locales pour ce qui est possible. Par exemple, My Swiss Soap se fournit en huile de chanvre à Dizy, en miel d’Apples et elle fait coudre les cotons démaquillants lavables à la couturière établie aux Ateliers de La Côte. Depuis Gollion, Sandrine Marro cherche sa cire d’abeilles à La Sarraz. Quant à Magali Chiovenda, lorsqu’elle rend visite à sa famille à Crans Montana, elle profite de faire le plein d’huiles essentielles dans la distillerie du coin.


A chaque produit, sa fiche
Aucune formation n’est obligatoire pour se lancer dans la réalisation de cosmétiques artisanaux. Toutefois, il faut respecter l’ordonnance sur les cosmétiques (RS 817.023.31). Ceux qui commercialisent leurs produits, via un commerce et/ou Internet, ont jusqu’au 30 avril 2021 pour établir un dossier d’information sur le produit (DIP) qui doit contenir, entre autres, une description du produit, la méthode de fabrication, un rapport sur la sécurité du produit. Une fiche DIP à conserver au moins dix ans après la mise sur le marché du dernier produit. Pour les artisans qui vendent leurs produits sur les marchés ou qui les distribuent à une échelle exclusivement locale, la création d’un DIP n’est pas nécessaire. «Concernant l’étiquetage, un cosmétique de facture aussi bien industrielle qu’artisanale doit arborer sur son emballage les informations qui répondent aux exigences normatives fixées dans la section 5 de l’ordonnance. Sans cela, le produit est considéré comme non conforme. Les informations présentées sur un quelconque site internet, qui, par ailleurs, ne peut être considéré comme de la vente ou de la distribution locale, ne sauraient se substituer à l’étiquetage lacunaire d’un cosmétique», souligne