Dans la famille des Harley-Davidson

MORGES Ce week-end, la concession du fabricant américain ouvrait ses portes.

Article paru le 25 mars 2013 dans La Côte. Textes: Fabienne Morand. Photos: Audrey Piguet. PDF

«Le problème dans le monde des Harley, c’est que les gens n’osent pas venir car ils pensent qu’ils vont mal se faire voir s’ils ont une autre moto, déplore Thomas Vanhove, directeur de la concession Harley- Davidson de Morges. C’était peut-être le cas il y a trente ans. Nous voulons démystifier le côté «bad boy».» Musique de style rock, voire métal, qui sort des haut-parleurs, vrombissements de dizaines de motos, plus de 90% de blousons en cuir sur les épaules du public. Ces éléments pourraient repousser plus d’un novice du monde des Harley.

Mais la barrière à peine franchie, toute appréhension s’en va. Entre les motards, des enfants jouent, les visiteurs sourient, des poignées de main sont échangées. Derrière la machine à café se cache Marie-Josée Nadeau, dite Marie-Jo, qui, malgré ses 22 ans en Suisse, a gardé son accent québécois. Après une rupture sentimentale difficile et trois années à venir essayer des Harley, une amie lui déclare: «Quand tu veux quelque chose, tu vas le chercher et puis voilà!». Avec «Sugus», son Yorkshire de 10 ans dans la sacoche, Marie-Jo roule désormais en Harley Davidson. «C’est la meilleure chose pour se remonter d’une dépression», rit-elle.

D’une moto à une Harley
Au fond du magasin, au rayon habits pour bébés, Lilou, 12 ans, est assise à une table pour enfant avec Maf-Ul, la nouvelle femme de son papa. Juste à côté, sa demi-soeur, Leila, robe en cuir et bandana sur la tête chevauche une Harley en bois. Le papa est quelque part dans le magasin. Après des années de motocross, il est passé il y a une année à cet autre type de deux roues.

Et il n’est pas le seul à avoir troqué sa moto contre une Harley- Davidson. «Une fois que t’as goûté à une Harley, tu ne veux rien d’autre», lâche Philippe Duarte. Lui et sa femme, avec deux de leurs trois enfants, sont venus de Haute Savoie (France) pour les portes ouvertes. «Ici, il y a des véhicules qu’on ne voit pas ailleurs. Les motos sont mieux préparées et entretenues qu’en France», déclare- t-il en admirant l’alignée de Harley le long de la route. Harald Reist, d’Ecublens, est motard depuis 1984; c’est en 2000 qu’il est passé aux Harley. «J’ai voulu une jolie machine, sans plastiques. Et à l’époque il y en avait moins sur le marché et c’était un milieu plus fermé qu’aujourd’hui», confie-t-il.

A l’entrée du magasin, Pierre et Evelyne, deux Fribourgeois, déambulent entre les rayons. Motards depuis 30 ans, c’est seulement depuis une dizaine d’années qu’ils ont opté pour une Harley-Davidson. «Les prix ont baissé et on s’est un peu calmé à moto, confie le sexagénaire. Aujourd’hui, alors que leurs blousons en cuir dorment encore dans l’armoire, ils sont «surtout venus pour entendre les bruits». Un peu plus loin, Sandra, conseillée par sa copine Annick, essaie une veste. Toutes deux roulent en tant que passagère, mais il leur faut un but. «Sois pour aller boire un verre quelque part ou aller faire du shopping», rigolent les Yverdonnoises.

Customiser son engin
Au rez-de-chaussée, là où se situe le nouvel atelier mécanique, Jean-Do est installé derrière une table, coincée entre les Harley. Ce Français est peintre en lettres de formation.Une spécialité disparue suite à l’arrivée des techniques modernes d’impression. Désormais, il customise casques, motos, véhicules ou encore devantures de magasin grâce à ses pinceaux et son imagination. «Ici, on a de la chance d’avoir des gens qui veulent que ça ait de la gueule, sans avoir à négocier pour dix ou vingt francs de moins», apprécie-t-il. Soudain, Mari-Jo déboule et lâche, avant de partir dans un éclat de rire: «Je voudrais que tu me dessines mon chien sur mon casque, comme ça, elle pourrait être une fois à l’avant.»

Juste à l’extérieur, devant l’entrée du garage, une vingtaine de motos démarrent. Le cortège est encadré par trois hommes, dont RobertDuboux qui n’hésite pas à claquer une bise aux filles qui passent. Tout le week-end, les porteurs d’un permis ont pu tester une des bécanes mises à disposition par le garage. Les chevauchées de Harley-Davidson, casque au vent, s’enchaînent pour la plus grande joie des motards.

LES BÉCANES ONT DÉSORMAIS LEUR SPA, SOIT UN LAVAGE AUTOMATIQUE
Depuis le mois d’août, le concessionnaire de Harley-Davidson installé au bord de l’autoroute à Morges, offre le spa aux motos. Il s’agit d’un caisson où le deux-roues est lavé automatiquement, comme pour une voiture. Patrick Mario de Clean Technologies SA, basé à Monthey, en est l’instigateur. «Ça répond réellement à une demande, explique celui qui a reçu plusieurs commandes cette année. En nettoyant sa moto au jet, on utilise environ 120 litres d’eau, ici seulement 70 sont nécessaires. De plus, une trentaine de litres sont recyclés et réutilisés.» Il faut compter six minutes pour laver, shampouiner, rincer et sécher la moto. «Si elle est très sale, on gicle un peu de détergent avant. Mais ça doit se faire dans l’habitacle, afin que les produits soient ensuite traités», ajoute Patrick Mario. Il faut compter 5 à 10 francs, selon le programme sélectionné pour laver sa bécane. «Dans le spa, les jets sont moins puissants que celui d’un Kärcher», précise le concepteur. Étudié et réalisé en Suisse, le spa est fabriqué en Italie. «Je n’ai trouvé personne ici qui voulait construire ça, beaucoup n’y croyaient pas», sourit Patrick Mario. Des spas à motos ont déjà fleuri en Valais, à Zürich, Paris, Lyon, Bordeau et Milan. Deux seront installés fin mai à Genève.